jeudi 12 juillet 2007

Wwoofing dans les Landes - Part 0

Carnet de route

Parleboscq – Les Landes
12 juillet – 11 août 2007


Bonjour,
- Tiens, une nouvelle chronique ?
Elle est à nouveau en vadrouille ? Oui, je suis repartie, ailleurs, oh pas bien loin : France, Sud-Ouest, les Landes.
- Mimizan ? Biarritz ? Plage, surf et crème solaire ?

Non, intérieur, terres, ferme bio. Dans le cadre du wwoof, voir sur : http://www.wwoof.org

Je me mélange les pinceaux
Partir à nouveau, s'organiser, penser à plein de choses en tout sens et …
Vite, vite, le train, filer sur les chapeaux de roues…

Avec les choses oubliées ce qu'il y a de terrible, c'est de s'en rendre compte déjà en bas de chez soi alors qu'on est ric-rac avec le temps : hésitations, remonter ?


Attraper le TGV, hop, peu de monde pour
l'instant (me serais-je trompée ?), non, ça a l'air de correspondre.
Négligemment je sors mon billet pour régler mon réveil et descendre en pleine nuit à Toulouse histoire d'attraper la correspondance et puis là !!!?! J'ai vraiment fait très fort : je suis partie avec 24heures d'avance. Incroyable ! C'est bien la première fois que ça m'arrive un truc pareil, dingue !

Bon… reste plus qu'à espérer que mon trajet sera possible jusqu'à Agen sans encombre, changer de place à plusieurs reprises, probablement.

A bien y regarder, les "signes" n'ont pourtant pas manqué :
°un crécerelle qui griffe sur une vitre comme sans la voir… c'est moi ça, non ?

°un étui à verres de contact oublié, je ne vois toujours rien ?
°un homme aveugle croisé en chemin, je ne sais pas vous, mais je n'en croise pas tous les jours…
°un passager qui questionne si c'est bien le train de Toulouse. Heureusement, d'ailleurs, sinon je serai arrivée je ne sais où…

Jeune faucon crécerelle

Wwoofing dans les Landes - Part 1

Le train
Ce qu'il y a de bien avec le train, ce sont les bruits, nettement moins assourdissants que dans l'avion.
Les rythmes, grande vitesse, ralentissements, arrêt en gare ou au milieu de nulle part. Quelque chose de berçant.
Pas besoin d'enregistrer des bagages, de mettre en soute liquides, canifs, etc.
De drôles de paysages quand il commence à faire sombre entre le dehors et les vitres qui deviennent miroirs. Des superpositions avec les lumières et les rideaux verts.
Penser à rester habillé confort avec un pull sous la main pour faire oreiller et à enfiler parce que la clim' est trop poussée, qu'on finit par avoir froid.



Lever de soleil

Et je me souviens de tous ceux vus, décrits et pour lesquels je me suis émerveillée sur les
routes chiliennes et argentines. Rien de bien extraordinaire penseront peut-être certains, oui… sauf que pour moi le lever de soleil comme son coucher sont décidément plus spécifiques aux voyages, aux étendues parcourues, aux ailleurs, aux déplacements de nuit qui me permettent alors de les voir, vraiment, des les guetter même. Le nez dans le quotidien de la ville, je les perçois moins. Et là, en plus, il y a bien sûr le titillement de la découverte, de l'aventure qui commence.

Arrivée normale sur Agen, sans soucis.
Le paisiblissime d'une ville qui se réveille, les tables rondes et les chaises en fausse paille plastoc qui sont étalées sur le trottoir, un premier café ou déjà jouer au pmu, les rideaux en fer qui laissent apparaître leurs intérieurs, déambuler en errance en traînant ma valise à travers des rues inconnues, découverte dans cette atmosphère d'éveil : essayez, c'est très particulier comme ambiance, déjà la ville qui se réveille et puis la ville qu'on ne connaît pas de surcroît, ça goûte comme un bonbon pétillant et citronné, tout en curiosité.



Deux adresses sympathiques :
* P'ti lieu cosy, Rue des Cornières, à l'ombre des aracades, "Le Patio", salon de thé et vente, excellents cafés et thés et trucs à grignoter
* "La Part des Anges", resto qui a l'air d'avoir une très très bonne cuisine, à tester…

Mosaïque romaine



Un autocar quasi pour moi toute seule qui me conduira à Barbotan-les-Thermes – moyenne d'âge 65ans, spécialisation rhumatismes et circulation sanguine, pèlerinage de nombreux retraités, car pris en charge en partie par le système de santé – Barbotan, donc où l'on viendra me chercher. Un chauffeur de car bien sympathique avec lequel j'en apprends beaucoup sur la région.

¡¡¡ !!!

[Mise en garde : les infos suivantes, je les tiens de quelques personnes seulement et de mon expérience, il manque probablement un éclairage contrasté, nuancé et peut-être alors plus détaillé. Il s'agit d'un point de vue, d'une source, non exhaustifs… et donc une certaine subjectivité. Il y a aussi des lacunes, des manques, des imprécisions.]

Wwoofing dans les Landes - Part 2

Une région qui bien sûr s'est modifiée

des forêts vidées de celles et ceux qui y e
t en vivaient
Les forêts aujourd'hui, quand elles sont d'épineux, c'est pour faire de la pâte à papier surtout, même si sur les cartes postales on voit la tradition de récolte de la résine. Celles de feuillus ne sont plus guère exploitées (artisans de sabots ou de quilles & palets… n'est pas de l'industrie, peu de monde). Précédemment, c'était toute une économie, des activités, des échanges et des métiers qui existaient, disparus maintenant.

des places de village désertées et toujours magnifiques
Autrefois elles abritaient des marchés hebdomadaires, lieux d'échanges par excellence. Maintenant, elles ont un drôle d'air : si vaste, si vide. Elles résonnent d'une sorte de mélancolie, leurs arcades abritent café, restaurant, glacier, office du tourisme, artisan ou galeriste… surplombées par des maisons à colombages de poutres brunes sur briquettes rouille, beaucoup de cachet

A Gabarret - La Maison du Gabardan



• les bouchons en liège, c'est fini ?
Oui, la petite ville de Mézin a fermé ses entreprises, il n'y reste qu'un musée du liège. Après le liège synthétique [parfois un amalgame liège émietté tout petit et colle] dont on semble déjà revenir, certains disent que finalement, le bouchon à pas-de-vis serait probablement la solution future, ne dérangeant pas tant que cela les consommateurs qui arriveraient à se "défaire" du plop fameux suivi du "ahhh" en doux bruit émis par l'assistance ! (bon, les pros ils ne font pas du tout plop en débouchonnant, c'est une histoire de genre, de style, bref).
Et moi je me dis quand même : "Ttttititittt si on a mis du liège pendant si longtemps, ce n'était pas seulement par rusticité et manque d'autres opportunités ou techniques. Un bouchon en liège, c'est un peu poreux, ça laisse respirer. Certes il y a quelques pertes entre 2 & 5%, il paraîtrait justement que pour les grands crus, ces quelques bouteilles bouchonnées, c'est déjà un trop grand déficit... profitprofit
Ce serait donc une option pour des vins de table et qui - de toutes façons - sont consommés rapidement. Les vins de garde, c'est liège. Enfin, je reste donc persuadée que le vrai bouchon, il participe en quelque chose, plus que ce qu'on tente bien de négliger en mettant du plastic, du synthétique ou du métallique. Aujourd'hui, c'est surtout le Portugal qui produit les bouchons, les vrais, en liège, m'a-t-on dit.

• des cultures qui changent
Champs de tournesols et maïs ; pour de l'huile et du fourrage pour bestiaux. Je n'ai pas encore vu "We feed the world", c'est dans cette veine-là pourtant : surproduction de cultures qui ne sont, par ailleurs, pas consommées-consommables. Il a plu et j'ai vu simultanément ces énormes systèmes d'arrosage se déplacer sur le maïs. Le tournesol est d'ailleurs devenu une sorte de nouvel emblème de la région. Amusant comme d'une production intensive, on crée un nouveau symbole naturelo-esthético-paysagistique !

• un armagnac (pas bio)
Ici, dans le Bas Armagnac, région des Landes très proche du Gers, les vignes sont surtout exploitées pour produire de l'Armagnac. Raisins blancs sur de grandes surfaces, il faut beaucoup de jus pour ensuite le distiller pour de l'Armagnac, ou faire du Floc (vin blanc ou rouge d'apéritif (fort), car coupé avec Armagnac, justement). Les pieds de vigne employés pour cette eau-de-vie sont hybrides (croisés avec des pieds américains) et du coup les seuls résistants au mildiou par exemple. Très peu de production viticole en dehors de cette eau-de-vie. Et difficile alors de toucher des remboursements pour les pertes en raison du mildiou dans ce cas-là, car ce sont des déclarations de sinistres par département.

de nouveaux propriétaires… de résidences secondaires
Les campagnes se sont vidées, elles se remplissent à nouveau : davantage pour des résidences secondaires acquises par des anglais, beaucoup, ici aussi. A Sos (se prononce sauce), il y aurait presque une colonie, paraît-il. Ayant transformé les arcades de la place du marché en galerie d'art. Ahha le succès du Sud ensoleillé, chaleureux, l'espace, la Nature, la bonne chère…

• des instits déplacés, des écoles qui ferment ?
C'est la prochaine menace pour la rentrée scolaire 2008. Pas assez de mômes à Parleboscq, donc on ferme une classe laquelle, on ne sait pas encore vraiment et cela parce qu'en plus, ils auraient besoin d'un poste ailleurs… Décidément c'est partout pareil : une économie de bouts de ficelle qui consiste toujours à déplacer des pourcentages de taux d'activité comme dans un système de vases communicants plutôt qu'à créer des postes ; le tout basé sur de fameuses statistiques de nombre minimum de lulus par classe. En milieu rural, je trouve que ce genre de politique stimule franchement à quitter les lieux. Après, les élus se plaignent alors qu'ils ont eux-mêmes mis en place des conditions contraignantes et défavorisantes qui incitent finalement à opter pour des centres urbains. Vous auriez envie, vous, de devoir parcourir ou faire parcourir des kil à votre bambin pour aller à l'école ?

L'estranger
Ou la difficulté à intégrer une communauté (rurale typée)
Oui, les campagnes (avec montagnes, essayez, ça marche aussi) se sont donc vidées, oui, elles sont à nouveau habitées par quelques touristes amoureux invétérés pour l'été ou par quelques courageux comme ce couple pour lequel je travaille. Courageux, oui, car ils se confrontent intensément à toutes ces réticences des locaux. On se disait : "Mais non, c'est fini tout ça, l'agriculteur bourru, renfermé qui parle des nouveaux en l'appelant toujours l'estanger." Navrée, non, c'est bien d'actualité et il y a une variété incroyable de résistances, quelle ingéniosité : les faux conseils ou l'exact inverse, les non-réponses, les plans de vignes malades vendus de surcroît sans être certifiés, les achats-ventes de bouts de terre magouillés par-dessous la table, des avocats qui n'effectuent pas leurs mandats…
C'est fou, non ? On se plaint de ces régions qui se dépeuplent et finalement quelles que soient les populations qui reviennent y habiter, elles ne sont pas acceptées, pas intégrées, se heurtant toujours à ces méfiances, cette défensive. OK, nuances, je suis bien consciente que ce n'est pas partout comme ça, pas toujours, que les responsabilités se partagent généralement toujours un peu… J'ai par ailleurs rencontré un couple de restaurateurs fraîchement installés ici, ils avaient été mis en garde à propos de ce climat un peu hostile et en fin de compte, ils ont été accueillis positivement. Cela étant, les résistances en regard de pratiques professionnelles très ancrées dans un terroir sont quand même de taille et peut-être plus prononcées justement dans ce domaine agricole. Il y a de "c'est qui ce blanc bec qui débarque avec ses théories bio, qu'est-ce qu'il croit ? Qu'il va nous apprendre quelque chose ? Qu'il sait mieux que nous ?"

Wwoofing dans les Landes - Part 3

Château Tour Blanc - Parleboscq
vue est


Le domaine bio qui m'accueille : 32 ha, c'est grand.







Vigno
ble essentiellement.
Un très beau projet que le leur, noble, ambitieux.
Inventaire :
  • Philip, américain, canadien, anglais, pas du tout agriculteur précédemment, peintre
  • Sandra, kényanne d'origine indienne, pas du tout agricultrice précédemment, avant chimie et philosophie, peint également
  • Valentina, 8ans, parfaitement bilingue, très créative
  • Victor, 6ans, parfaitement bilingue, très créatif
  • 1 chatte, Minie, 2ans – dure la vie de chat ouhlàlà – peut-êre que je ferai un reportage photo tout spécial…
  • 1 chien type chasse, très grand, brun, Kofi (Anan), 3ans
  • 50aine de brebis avec jeunes (8mois env.) et agneaux moyens et 2 paires de très jeunes jumeaux, ça grandi vite
  • 4 béliers
  • 1 jar et sa nouvelle compagne, blancs, lui très offensif
  • 3 oies jeunes moyennes, grises
  • 12 oies jeunes, petites
  • 1 coq fièrement élégant et 2 poules (les 6 autres se sont faites bouffées par le renard, d'autres oies et jars aussi)
  • 1 bouc, Goaty et ça sent le… encore plus quand il pleut
  • 1 vieille demeure type construction domaniale, château à deux tours, très délabré
  • 1 vieux puits sec, bouché
  • 1 maison adjacente au chai dans laquelle je loge, une caravane dispo aussi
  • 1 chai = sorte de grand hangar où il y a tout le matériel agricole et les 6 cuves (immenses, anciennement employées pour l'Armagnac)
  • 1 tracteur que pour l'instant je n'ose pas trop conduire, impressionnant cette bestiole ! Avec différents accessoires à fixer à l'arrière : faucheuse, pulvérisateur de soufre, broyeur, etc.
  • 1 bicoque-poulailler attenante au potager
Photos à venir !!! patience


Wwoofing dans les Landes - Part 4

photos à venir !!! patience
¡ Attention, comme ça, c'est un peu dense !

Avec mes mains ou Evelyne à la ferme, mieux que celle des célébrités, non ?

Le deal : contre mon travail, je suis nourrie-logée-blanchie. Organisation indépendante wwoof, for more, please see on the web :

* Les moutons, ils se gardent un peu tous seuls. Leur jeu favori consiste à franchir les clôtures électriques qui ne leur font ni chaud, ni froid, pour aller brouter plus loin - oui, l'herbe est toujours plus verte ailleurs. Deux techniques sont en vigueur pour franchir les fils : soit ils soulèvent celui du bas ou du milieu et se glissent dessous, soit d'un joli bond élégant, hop, ils passent carrément par-dessus. Vais tenter d'en filmer. Nous avons donc à les ramener dans leur enclos, séparer les mâles et reconstruire les encerclements défoncés.
Embobiner le fil des clôtures, ne pas prendre par le côté sans quoi la bobine s'ouvre et c'est foutu, tout le fil se répand en méli-mélo c'est encore mieux. Enrouler, dérouler, ramasser les piquets, replanter = les clôtures. Ne pas perdre la vis et le joint qui maintiennent l'enrouleur… hum… euh, j'ai retrouvé le joint, mais la vis, dans toute cette herbe.
Période délicate actuellement : les jeunes de 8mois sont en pleine adolescence d'où les limites toujours repoussées. De plus, les femelles à nouveau fécondables, les jeunes mâles s'affrontent maintenant plus ouvertement et passent leur temps à courir après les brebis, la tournante ça existe déjà chez eux – pas de quoi se vanter ni copier pour autant. C'est chaud, tensions, conflits en perspective ! On essaie d'opter pour la répartition suivante : les femelles avec un seul bélier et les autres mâles ailleurs. Sauf que les autres mâles pour l'instant, ils essaient toujours de rejoindre le groupe.
Ils ont deux espaces : l'un sous les chênes, idéal pour ruminer à l'ombre la journée et dans les vieilles vignes pour brouter le soir.
Les brebis ont été tondues la semaine précédent mon arrivée, zut, par un professionnel. La laine tondue, ils l'emploieront peut-être comme isolant (toiture).
Prochaine activité conséquente à laquelle j'espère participer, le bouclage = mettre des boucles aux oreilles des jeunes avec numéro les répertoriant. C'est assez drôle, un mouton, quand il est retourné et assis, il ne bouge quasi plus, calé sur son popotin grassouillet, il prend un air un peu benêt et étonné et hop, on en profite vite.
Nous avons finalement développé un nouveau concept : la clôture 5étoiles & 5étoiles+ (un fil supplémentaire à l'intérieur, histoire de créer une surabondance et un flou visuel). Ça y est, hormis les tous jeunes agneaux encore trop petits et habilissimes à se faufiler, plus personne ne passe sans se faire zapper (ou secouer comme vous préférez) méchamment donc, ça décourage. Du coup, comme ça prend nettement plus de temps à mettre en place (1jour et demi à deux à construire et avant il faut défaire la précédente of course), le troupeau a dû rester plus longtemps uniquement dans le premier espace sous les chênes à 5*+ et bien, à notre surprise : il s'en est satisfait et les moutons ont trouvé beaucoup d'herbe à brouter ! Faisaient donc la fine bouche ? Moutons de luxe ? Tiens, à méditer éventuellement l'analogie avec poule de luxe : peut-être une habitude à un certain standing ?

Mon préféré, le numéro 60024, un jeune de 8 mois qui a encore sa première laine, dense et douce à la fois. Il a comme signe distinctif son oreille droite entaillée et donc une seule boucle. Il est particulièrement doué pour sauter par-dessus les clôtures et il adore les gratouilles : il vient vers moi lorsqu'on les change de pré et vraiment réclame des câlins en me reniflant les mains tout d'abord et si je ne réagis pas, il me mordille les doigts, aie !
60029 est mort, dommage, c'était un jeune en plus. Colonisé par les mouches à m… et autres asticots sympathiques, il ne pouvait quasi plus se tenir sur ses pattes arrière. Pas facile de soigner un animal : savoir ce qu'il a, à cause de quoi et avoir le traitement adéquat. Un vétérinaire pour les gros animaux, oui. Sauf que son déplacement est très cher et les médics qui vont avec encore plus. Les moutons aussi se cachent pour mourir ? À l'ombre près de la maison, il reste à l'écart, c'est peu avant son dernier souffle qu'il a tenté de rejoindre ses pairs.
Profil du mouton, idées reçues : moins bête qu'on croit ! Grégaire, c'est vrai. Farouche, observateur, curieux, saute jusqu'à 1m-1m50 (avec une certaine élégance, plutôt pour fuir), paisible, malin : oui, oui, faut voir avec quelle rapidité ils ont appris à soulever les fils électriques pour aller brouter l'herbe plus verte de l'autre côté, juste là. Et puis contrairement à ce qu'on dit toujours aussi, le mouton qui tond très bien, non, le mouton apprécie l'herbe déjà courte, qu'il va couper encore plus courte. Ce ne sont pas des tondeuses, erreur.

* Les oies, pour les douze plus petits, on les garde dans un enclos bien grillagé même dessus, le temps qu'ils soient plus grands, plus gros, plus costauds et donc des proies moins vulnérables pour d'éventuels prédateurs allant du chien au rapace en passant par le renard. S'agit donc juste de régulièrement déplacer la structure pour qu'ils aient de l'herbe à becqueter et leur donner de l'eau fraîche. Faut les voir courir en se dandinant maladroitement et déployant leurs micros ailes.

* Rentrer les bêtes le soir, c'est épique : plus futés qu'on ne le pense… Les oies tout d'abord, lorsque j'ai eu à les rentrer le soir dans leur petite maisonnette et bien c'est comme si elles savaient très bien que je ne suis pas la personne habituelle, elles ont tournicoté dans tous les sens, évitant soigneusement la direction de la porte ! Les petits, alors que j'en observais un plus attentivement, zou, les 11 autres ont filé sous les fils électriques dans le pré aux moutons, ça n'a pas traîné et mine de rien, ces petites bêtes, ça avance vite toutes regroupées en se dandinant gaiement. Les moutons aussi sont malins, faut pas croire… J'ai dû m'y reprendre à trois reprises et demi jusqu'à temps que le troupeau rentre dans le pré à brouter et surtout y reste ! Ils me suivaient au bruit du seau secoué, puis mêêê non, demi-tour, argh !!! Quand j'ai finalement moi aussi compris que l'habitude était de déposer le seau à l'entrée du pré, ça été mieux pour tout le monde. Autrement, ils me suivaient, ils me suivaient, j'entrais dans le parc, ils me suivaient, me suivaient, bon, il faudrait que je sorte maintenant qu'il sont là euh oui, je me retourne, on se dévisage, ils font marche arrière nooooon !

* Le potager : bêcher, retourner la terre, semer, arroser, désherber (mon activité la moins appréciée, c'est un peu comme nettoyer les couverts, petits, pièces par pièces, ennuyeux, méticuleux. Je m'y fais, remarquez, bien installée en écoutant France Inter, des ces activités répétitives, vide-tête presque méditatif). Le plaisir de voir pousser ce qu'on a semé : en une après-midi, les trois rangées d'haricots plop sont sorties de terre. Je suis quasi sûre que j'aurais pu les voir se déployer si j'étais restée allongée à côté ! Les courgettes, ça doit être un peu similaire, elles se développent à une vitesse fulgurante sur le compost, plus de 30cm pièce, c'est du costaud (recettes bienvenues) !

* Le vignoble

32ha dont 8 récemment replantés d'un autre cépage pour faire du blanc, 8 répartis entre deux parcelles sont en friche, pâturages pour les moutons, qui apprécient beaucoup les feuilles de vigne et les 16 restants sont méchamment attaqués par le mildiou cette année : peu de raisins. Certains ceps seraient pratiquement centenaires, impressionnant.
Ce que j'y fais : dans les petites vignes qui ont été taillées au bon moment et qui donc ont beaucoup poussé (j'avais compris l'inverse, qu'elles avaient beaucoup poussé parce qu'elles n'avaient pas été taillées), je noue les sarments entre eux pour que Philip puisse ensuite passer avec la faucheuse.
Dans une des parcelles où la vigne est à taille normale, là aussi je tresse les sarments sur les fils métalliques cette fois-ci pour les faire grimper et se déployer sur les fils en tonnelle en quelque sorte.
Pliée en deux ou les bras en l'air… sur 375m, c'est long, avec l'aller + le retour, ben oui, c'est recto-verso la vigne une fois montée sur les fils !

Savez-vous ce que vous buvez ?
Avez-vous déjà regardé vraiment des vignes ?
Comment c'est au pied des ceps ? Il n'y a pas d'herbe ? Donc il y a usage de (puissants) désherbants qui ne sont pas franchement des trucs vraiment comestibles et qui - si, si - vont être absorbés par les pieds de vigne, la sève, les raisins…beeerkkk
Les jeunes plants de vigne fraîchement plantés, on les voit souvent avec un petit tuteur et puis un cache autour. Mais à quoi ça sert ce petit grillage ? Ça protège d'éventuels rongeurs ou herbivores qui seraient tentés par les jeunes pousses et puis surtout, surtout, ça protège les feuilles lors de l'emploi d'herbicides et oui, sans ce cache, une goutte bousille la feuille… c'est dire la puissance de ces produits, non ? Ça donne à penser, je trouve.
Le mildiou, un champignon qui fait des ravages actuellement, en raison des fortes pluies : il n'y a pas vraiment de traitement, c'est l'excès d'humidité qui nécrose les feuilles, elles prennent une couleur brune et ensuite, ça produit une pourriture sur les grains. Pourtant, certains viticulteurs vont quand même traiter au cas où, ça pourrait quand même protéger un peu.
Un risque non négligeable : c'est comme avec certains moustiques du pallu par exemple, il y a des résistances aux traitements chimiques qui se développent par mutation et c'est alors la spirale du toujours plus, toujours plus fort.
Par ailleurs, dans le cadre d'un maintien de la biodiversité, il est indéniable que l'emploi à grande échelle de pesticides et d'engrais chimiques appauvrissent et même détruisent la richesse naturelle des sols.
Comment sont les sarments sur les fils ? Tout bien calibrés, tous pareils ? Et bien c'est qu'ils sont taillés par une machine agricole, ça vous donne un look totalement différent, un vignoble aux lignées bien rectangulaires, net, comme une boite à chaussure. D'autres visuels.
Quand j'ai vu les pieds de vignes pour la première fois, en arrivant, oui, je me suis dit étonnée : "Tiens, elles ont une drôle de tête ces vignes, la couleur (j'ai compris ensuite que les feuilles étaient brunies par le mildiou), ces branches fouillis-dans-tous-les-sens et toutes ces herbes au sol, de vraies prairies sauvageonnes !"

Et les levures, vous connaissez ?
Ici il n'y en a pas, même si Victor nous a dit hier "Mais si, on en met pour le pain !" Ce ne sont pas les mêmes donc. La levure, à quoi ça sert ? A gérer la fermentation du vin et à développer certains arômes : pamplemousse, kiwi, banane, cerise, et bien d'autres ; à vous de choisir en fonction de votre cépage et tout et tout. Le piège : un formatage des goûts, une tricherie en quelque sorte quand même. Le pourquoi : un contrôle plus précis de la fermentation, une réponse aux critères des A.O.C donc un calibrage pour correspondre. Je les ai vues les listes des levures, incroyables, des centaines !

Ici, très peu de soufre, le minimum possible sur les feuilles, pas dans le jus de raisin. Donc, le vin s'oxyde aussi très rapidement puisque le soufre, ça stabilise et ça fait mal à la tête aussi. Pas de contrôle de la température des cuves, ça fermente quand ça fermente, pas quand on veut que.