• des forêts vidées de celles et ceux qui y et en vivaient
Les forêts aujourd'hui, quand elles sont d'épineux, c'est pour faire de la pâte à papier surtout, même si sur les cartes postales on voit la tradition de récolte de la résine. Celles de feuillus ne sont plus guère exploitées (artisans de sabots ou de quilles & palets… n'est pas de l'industrie, peu de monde). Précédemment, c'était toute une économie, des activités, des échanges et des métiers qui existaient, disparus maintenant.
• des places de village désertées et toujours magnifiques
Autrefois elles abritaient des marchés hebdomadaires, lieux d'échanges par excellence. Maintenant, elles ont un drôle d'air : si vaste, si vide. Elles résonnent d'une sorte de mélancolie, leurs arcades abritent café, restaurant, glacier, office du tourisme, artisan ou galeriste… surplombées par des maisons à colombages de poutres brunes sur briquettes rouille, beaucoup de cachet
A Gabarret - La Maison du Gabardan
• les bouchons en liège, c'est fini ?
Et moi je me dis quand même : "Ttttititittt si on a mis du liège pendant si longtemps, ce n'était pas seulement par rusticité et manque d'autres opportunités ou techniques. Un bouchon en liège, c'est un peu poreux, ça laisse respirer. Certes il y a quelques pertes entre 2 & 5%, il paraîtrait justement que pour les grands crus, ces quelques bouteilles bouchonnées, c'est déjà un trop grand déficit... profitprofit
Ce serait donc une option pour des vins de table et qui - de toutes façons - sont consommés rapidement. Les vins de garde, c'est liège. Enfin, je reste donc persuadée que le vrai bouchon, il participe en quelque chose, plus que ce qu'on tente bien de négliger en mettant du plastic, du synthétique ou du métallique. Aujourd'hui, c'est surtout le Portugal qui produit les bouchons, les vrais, en liège, m'a-t-on dit.
• des cultures qui changent
Champs de tournesols et maïs ; pour de l'huile et du fourrage pour bestiaux. Je n'ai pas encore vu "We feed the world", c'est dans cette veine-là pourtant : surproduction de cultures qui ne sont, par ailleurs, pas consommées-consommables. Il a plu et j'ai vu simultanément ces énormes systèmes d'arrosage se déplacer sur le maïs. Le tournesol est d'ailleurs devenu une sorte de nouvel emblème de la région. Amusant comme d'une production intensive, on crée un nouveau symbole naturelo-esthético-paysagistique !
• un armagnac (pas bio)
Ici, dans le Bas Armagnac, région des Landes très proche du Gers, les vignes sont surtout exploitées pour produire de l'Armagnac. Raisins blancs sur de grandes surfaces, il faut beaucoup de jus pour ensuite le distiller pour de l'Armagnac, ou faire du Floc (vin blanc ou rouge d'apéritif (fort), car coupé avec Armagnac, justement). Les pieds de vigne employés pour cette eau-de-vie sont hybrides (croisés avec des pieds américains) et du coup les seuls résistants au mildiou par exemple. Très peu de production viticole en dehors de cette eau-de-vie. Et difficile alors de toucher des remboursements pour les pertes en raison du mildiou dans ce cas-là, car ce sont des déclarations de sinistres par département.
• de nouveaux propriétaires… de résidences secondaires
Les campagnes se sont vidées, elles se remplissent à nouveau : davantage pour des résidences secondaires acquises par des anglais, beaucoup, ici aussi. A Sos (se prononce sauce), il y aurait presque une colonie, paraît-il. Ayant transformé les arcades de la place du marché en galerie d'art. Ahha le succès du Sud ensoleillé, chaleureux, l'espace, la Nature, la bonne chère…
• des instits déplacés, des écoles qui ferment ?
C'est la prochaine menace pour la rentrée scolaire 2008. Pas assez de mômes à Parleboscq, donc on ferme une classe laquelle, on ne sait pas encore vraiment et cela parce qu'en plus, ils auraient besoin d'un poste ailleurs… Décidément c'est partout pareil : une économie de bouts de ficelle qui consiste toujours à déplacer des pourcentages de taux d'activité comme dans un système de vases communicants plutôt qu'à créer des postes ; le tout basé sur de fameuses statistiques de nombre minimum de lulus par classe. En milieu rural, je trouve que ce genre de politique stimule franchement à quitter les lieux. Après, les élus se plaignent alors qu'ils ont eux-mêmes mis en place des conditions contraignantes et défavorisantes qui incitent finalement à opter pour des centres urbains. Vous auriez envie, vous, de devoir parcourir ou faire parcourir des kil à votre bambin pour aller à l'école ?
L'estranger
Ou la difficulté à intégrer une communauté (rurale typée)
Oui, les campagnes (avec montagnes, essayez, ça marche aussi) se sont donc vidées, oui, elles sont à nouveau habitées par quelques touristes amoureux invétérés pour l'été ou par quelques courageux comme ce couple pour lequel je travaille. Courageux, oui, car ils se confrontent intensément à toutes ces réticences des locaux. On se disait : "Mais non, c'est fini tout ça, l'agriculteur bourru, renfermé qui parle des nouveaux en l'appelant toujours l'estanger." Navrée, non, c'est bien d'actualité et il y a une variété incroyable de résistances, quelle ingéniosité : les faux conseils ou l'exact inverse, les non-réponses, les plans de vignes malades vendus de surcroît sans être certifiés, les achats-ventes de bouts de terre magouillés par-dessous la table, des avocats qui n'effectuent pas leurs mandats…
C'est fou, non ? On se plaint de ces régions qui se dépeuplent et finalement quelles que soient les populations qui reviennent y habiter, elles ne sont pas acceptées, pas intégrées, se heurtant toujours à ces méfiances, cette défensive. OK, nuances, je suis bien consciente que ce n'est pas partout comme ça, pas toujours, que les responsabilités se partagent généralement toujours un peu… J'ai par ailleurs rencontré un couple de restaurateurs fraîchement installés ici, ils avaient été mis en garde à propos de ce climat un peu hostile et en fin de compte, ils ont été accueillis positivement. Cela étant, les résistances en regard de pratiques professionnelles très ancrées dans un terroir sont quand même de taille et peut-être plus prononcées justement dans ce domaine agricole. Il y a de "c'est qui ce blanc bec qui débarque avec ses théories bio, qu'est-ce qu'il croit ? Qu'il va nous apprendre quelque chose ? Qu'il sait mieux que nous ?"
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