dimanche 20 juillet 2008

Part 2 - Projet Arête Forbes - Chardonnet

Dimanche nuit
Réveil à 2h
Un autre duo s'est levé qui va aussi tenter l'arête Forbes.
Faire son sac, s'équiper et petit déjeuner
Le réfectoire est silencieux, tout éclairé, vide. Une ambiance toute différente de l'heure de repas avec buée sur les vitres et brouhaha. Là c'est le bruit du vent qu'on entend.
Deux plateaux avec le petit déjeuner organisé pour chaque dyade et une insomniaque qui bouquine...

La météo annonçait des orages possibles durant la nuit, puis ciel dégagé la journée et retour des orages en fin d'après-midi. ... ah... ?!? on est encore la nuit, c'est vrai, ça
Bon, on décide d'y aller quand même : il faut remonter sur le glacier du Tour. On réévaluera ensuite, d'ici le lever du jour, ça peut encore beaucoup changer.

Départ 3h
L'autre cordée nous précède, ils partent très à gauche en remontant le glacier.
Pierre a repéré la veille l'itinéraire du début et heureusement : il fait nuit, pas tout à fait noire, la lune est dans les parages, mais avec tous ces nuages, nous avançons à la frontale.

Drôle de neige déjà très molle, gros sel... forcément avec un ciel couvert, il n'a pas fait assez froid pour que ça durcisse pendant la nuit.

5h
Toujours bouché, beaucoup de vent, des rafales qui font perdre l'équilibre.
On ne tente pas l'arête, on ne voit pas le sommet du Chardonnet, c'est tout pris, il y a même du brouillard par moments.

On opte pour la Fourche, histoire de quand même faire une course, un sommet sur la proposition des deux gars qui nous ont attendu : sympa ! Nous les suivons.
C'est juste là, en face de nous. Un pic rocheux, tout près. Quelques jolies et sévères bousculades par le vent dans la neige.
Petite ascension mixte neige-rocher, tout à fait accessible.

Oui, il y a vraiment beaucoup de vent !

Quelques minutes avant le lever du soleil...
Regardez bien, on voit un petit bout de ciel bleu...
C'est en Suisse qu'il fait un peu plus beau, là en Valais, après le plateau du Trient et la main de Pierre !
Le soleil se lève, entre le brouillard soudainement et brusquement submergeant, on le voit inonder et dorer toutes les aiguilles alentours. Magnifique ! Voir le soleil se lever comme ça, dans ce décor de haute montagne, après cette progression sur le glacier, dans la neige, une petite ascension rocheuse... c'est superbement énergisant !


On traverse cette large épaule de neige, on crapahute dans les rochers en face, sur le pilier gauche
Et pour le retour, nous emprunterons les traces qui descendent dans la pente neigeuse

On ne s'éternise pas au sommet. Froid, quand même.

Moi, je ne suis pas en confiance avec ces grosses rafales qui font perdre l'équilibre : c'est berk, pas là au milieu des rochers à escalader avec les crampons aux pieds... enfin, ce serait falaise-sud de la France-soleil-chaussons... je ne suis pas confort non plus quand le vent chahute si fort.
Il fait beau sur le versant suisse, le plateau du Trient.


8h
Nous sommes de retour au refuge après une descente confortable où nous croisons toutes les cordées qui partent en plus ou moins longue course. Les ados qui demandent tous, inévitablement : "c'est encore loin ? combien de temps ?" Et LEUR guide répond à coup sûr : "15minutes". Pierre et moi nous sourions : Bonne journée, bonne course surtout !

Une cordée d'ados qui montent
cette neige blanche à côté de la trace, ça fait comme du sucre glace

A la descente
C'est le contraire, Pierre est derrière pour m'assurer en cas de chute par exemple...

Et toutes sortes de couleurs ocre-rouille-sable-orangé-terre de sienne qui teintent la neige
Quoi ? ça s'est dégagé sur le Chardonnet ? Non, mais ça ne va pas durer et il y a vraiment beaucoup de vent, c'est plein de nuages qui viennent par l'Italie
9h
Nous quittons le refuge pour regagner le Tour, le parking et la voiture. Et... quel itinéraire alors ?
Le pire de tous ! La descente par la moraine, le plus difficile, 1300m de dénivelée sur un chemin tout de guingois, avec des cailloux tout le temps qui font des marches d'escaliers mais énoooormes. A la montée, il faut compter entre 3 et 4h. Mes genoux crient au supplice bien plus rapidement que je ne l'aurais imaginé... il m'en faudra plus de deux pour arriver en bas.
Si j'ai pris une photo pour illustrer, que ça soit plus compréhensible ? NON

Regardez bien, y a comme un igloo au pied du glacier... à côté du torrent
Le Glacier du Tour, la naissance du torrent, l'igloo à son pied et les séracs bien découpés

11h5
parking
pic-nic, là au milieu de la route, tant pis
bilan des ampoules aux pieds... mmhmm pouerk pas terroche, ça colle à la chaussette ! Non, je n'ai pas fait de photo !

Alors ? Superstitieuse ?
Ah ben, non ! Deux c'est assez, trois c'est trop. Et je préfère ce jeu que le proverbe qui dit « jamais deux sans trois »

samedi 19 juillet 2008

Part 1 - Projet Arête Forbes - Chardonnet

Samedi après-midi
Montée au Refuge Albert Ier - alt. 2706m pour ensuite tenter l'Arête Forbes sur le Chardonnet, dimanche.
"Sportivement" nous choisissons de longer le coteau pour accéder au refuge. Autrement dit... nous prenons les télécabines au village du Tour (au fond de la Vallée de Chamonix) pour monter jusqu'à Charamillon et là nous prolongeons encore avec le télésiège jusqu'au Col de Balme... hihi
« Pour atteindre le refuge ? Vous gagnez une heure en montant jusqu'au col », nous explique la caissière. Le choix a donc vite été fait !

Départ 15h au bas du Col de Balme, arrivée 16h30 au refuge, rythme tranquille qui n'empêchera aucunement deux magnifiques ampoules à mes talons durant ces 500m de dénivelée et l'observation fascinante d'un mille pattes qui donne vraiment l'impression de glisser sur le sentier, puis d'une coccinelle à 2600m !
Les autres itinéraires ? je vous en parlerai pour le retour dimanche !Première vue sur un petit bout du Charonnet et le Glacier du Tour. La neige est sale ? mais non, pas du tout, elle est sablée plutôt. Et ouais... ce n'est pas le big blue sky.Le Chardonnet reste couvert, enfin, il y a beaucoup de vent et il joue à cache-cache, très vite ! On espère que la météo annonçant une fenêtre beau temps aura raison. Sinon, je vais peut-être devenir superstitieuse... ça serait alors la deuxième tentative échouée... ?
Pour l'arête Forbes, il faut remonter le glacier par sa rive droite (= à gauche sur la photo) pour passer par au-dessus (pas bon de couper dans le glacier). On arrive alors à hauteur du Chardonnet. Après le premier triangle rocheux, on remonte dans le glacier (pente neigeuse raide) et hop, on longe toute l'arête jusqu'au sommet, puis on descend par l'autre côté : monter à gauche-descendre à droite sur la photo... vous suivez ? On ne va pas nécessairement sur le massif rocheux plus foncé et plus bas, on descend à travers le glacier pour ensuite rejoindre notre poste d'observation actuel.

Protégés des rafales, tranquillement adossés au premier refuge en bois, inauguré le 30 août 1930 par son parrain le Roi Albert 1er de Belgique, séquence repérage de l'itinéraire avec lecture de carte, altimètre, relevé de points gps, recherche de trace aux jumelles...
Cette première construction est toujours employée et sert également d'abri en hiver (non gardé) pour les alpinistes. Elle a été agrandie en 1935. Le grand refuge de pierre situé à côté date de 1959.

C'est pentu la montagne ?
Pierre cherche les traces...
Autoportraits au vieil Albert

Les stries de la glace et ses plissés élégamment tortueux
On s'annonce à la gardienne du refuge. « Ahhaa vous voulez faire l'arête Forbes ? Réveil à ... » Qui devine ?
2 heures du matin !!!
Du coup, on sera du premier service repas à 18h15 et une bonne heure plus tard, dodo ! eh oui.

Comme toute nuit en refuge, il y a les sempiternels ronfleurs malheureusement inévitables semble-t-il... et zut , j'ai oublié mes boules Quiès grrr. Il y a aussi, les aller et venues dans le dortoir, trop chaud-trop froid avec une petite fenêtre qui se fait ouvrir-fermer-ouvrir-fermer... L'altitude qui fait qu'on dort moins bien, avec des rêves plus agités et l'appréhension de la course aussi. S'endormir, se réveiller, penser pendant une heure qu'on n'arrivera visiblement pas à se redormir en voyant le temps passer et les heures de sommeil diminuer, se rendormir quand même. Avoir soif. Habituel...

Est-ce que le guide appelle l'hélico ?